Hommage

L’histoire du sous-marin Protée
Hommage aux 74 membres d’équipage

« Ce sous-marin construit au chantier de La Seyne sur Mer a été mis sur cale en 1928, lancé en 1930, il a été admis au service actif en 1932. Sous-marin dit de 1500 tonnes, c’était l’un des sister-ship du Casabianca.

A la déclaration de guerre en août 1939, le Protée faisait partie de la 3ème escadrille de sous-marins basée à Toulon. Mis aux ordres de l’amiral Afrique, il gagna Casablanca au début du mois de février 1940, après avoir fait une escale à Oran, avant d’être affecté au groupe des sous-marins du sud-est, inclus dans la division navale du Levant. Il a donc quitté Casablanca le 18 avril 1940 pour gagner, via Bizerte, sa nouvelle base, Beyrouth, où il est arrivé le 2 mai.

En patrouille autour des îles du Dodécanèse entre Léros et la côte turque, en compagnie de l’Espadon et du Phoque, depuis le 11 juin au moment de l’armistice, il ne reçut pas le message lui ordonnant de rallier Beyrouth. Le commandant du bâtiment, le capitaine de corvette Garreau, ayant intercepté un message en clair annonçant la fin des hostilités le 25 juin à 0h45, jugea alors plus prudent de gagner Alexandrie où était basée une force navale française, baptisée Force X, commandée par le contre-amiral Godfroy.

Arrivé à Alexandrie le 27 juin 1940, le Protée se place sous les ordres du commandant de la Force X. celle-ci partageait alors les mouillages du port égyptien avec la flotte britannique et relevait, dans l’organisation du commandement interallié, du commandant en chef de la Méditerranée Orientale, le vice-amiral britannique Andrew Cunningham.

 A la suite de l’armistice, un compromis est signé entre les amiraux français et britannique qui, à l’encontre des ordres reçus évitèrent le massacre qu’aurait provoqué le départ de la flotte française ou une intervention anglaise. La Force X s’est donc retrouvée internée par les Anglais à Alexandrie. La deuxième division de croiseurs (Duquesne, Tourville, Suffren de 10 000 tonnes et Duguay-Trouin de 8 000 tonnes), la troisième division de torpilleurs (Fortuné, basque et Forbin) ainsi que le Protée, qui constituaient la force, sont partiellement désarmés, ne conservant à bord qu’un équipage réduit, indispensable pour l’entretien des bâtiments. De l’été 1940 au printemps 1943, la Marine se trouvait donc éclatée en plusieurs éléments, sans contact entre eux ni avec l’amirauté française à Vichy, sans compter les Forces Navales
Française Libre qui ont rallié de Gaulle à partir de juin 1940. Ce n’est qu’à la suite du débarquement américain en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 qu’un rapprochement s’est opéré entre la Marine restée fidèle à Vichy et les FNFL.
Après de longues négociations la Force X a fusionné avec les FNFL le 15 mai 1943. Mais ce n’est que le 3 août 1943 que la Marine d’Afrique du Nord et les FNFL fusionnèrent enfin.

Après cette longue immobilisation à Alexandrie, les bâtiments de la Force X rallièrent les FNFL, les croiseurs par le cap de Bonne Espérance à Dakar, les torpilleurs et le Protée directement d’Alexandrie vers l’Algérie. Parti le 18 juin 1943, le Protée rallia Oran le 28 juin et entra aussitôt en grand carénage. Après un passage sur dock au mois d’octobre, complément de son équipage et essais réglementaires, il rejoint Alger le 10 novembre 1943. Regroupé au sein du groupe des sous-marins d’Algérie (GSMA) avec l’Archimède, qui venait de Dakar, ainsi que le Casabianca, le Marsouin et le Glorieux qui s’étaient enfuis de Toulon avant que les Allemands ne les capturent, il fut affecté à des missions spéciales en Méditerranée, et en particulier sur les côtes de Provence.

Toujours sous le commandement du capitaine de corvette Garreau, une première mission s’est déroulée du 12 au 26 novembre 1943 dans un secteur compris entre Saint-Tropez et le cap Camarat. Au cours de celle-ci, le Protée a tiré 3 torpilles sur un cargo ennemi de 2 000 tonnes au large du cap Camarat, le 23 novembre, mais a manqué sa cible.

Le 3 décembre, le capitaine de corvette Garreau, nommé commandant du croiseur léger Fantasque, est remplacé parle lieutenant de vaisseau Millé, qui est rapidement envoyé sur les côtes d’Espagne pour débarquer 2 agents le 5 décembre 1943.

Après un retour à Alger, le Protée quitte l’Afrique du nord le 18 décembre 1943, à 9 heures 30, avec à son bord 74 hommes, dont 3 Britanniques (un officier de liaison ainsi que deux transmetteurs chargés des communications avec les Britanniques et de l’identification avec les bâtiments anglo-saxons) pour une nouvelle mission de patrouille devant Marseille, alors que le Casabianca patrouillait devant Toulon et le Curie entre Camarat et le cap Roux, les anglais Universal et Unseen occupant deux secteurs plus à l’est jusqu’au golfe de Gênes. Le 25 décembre 1943, un message radio ordonne au Protée de gagner le secteur
de patrouille du Casabianca, qui allait lui-même relever le Curie qui regagnait sa base. Le 28 décembre, un nouveau télégramme lui ordonna de cesser la patrouille le 31 décembre au soir pour rentrer à Alger le 3 janvier 1944 à 9 heures du matin. A aucun de ces deux télégrammes le Protée ne fit d’accusé de réception, mais en opération, les ordres généraux interdisant d’émettre sans nécessité militaire absolue, son silence ne donna lieu à aucune inquiétude.

Absent au rendez-vous du 3 janvier devant Alger, les autorités ont d’abord cru à un retard dû au mauvais temps qui régnait ces jours-là sur la zone. L’inquiétude est apparue le lendemain et s’est renforcée le 5 avec le retour du Casabianca qui signala avoir entendu un grenadage dans le secteur voisin le 29 décembre 1943. Depuis ce jour, aucun renseignement sûr n’est parvenu au sujet du Protée, et le 12 janvier 1944 un message annonce que le Protée doit être considéré comme perdu.

Une hypothèse suggère qu’une mine aurait pu heurter le Protée et provoquer sa perte. Or la présence de champs de mines dans son secteur est attestée, et a même provoqué la perte du SS Cividale le 3 janvier 1944 alors qu’il était en route à petite vitesse au sein d’un convoi allemand d’Imperia à Marseille. Dans cette hypothèse, le Protée aurait sombré avant d’avoir rallié son nouveau secteur de patrouille, ou en cours de ralliement car il en était très proche, donc avant le 28 décembre.

La découverte par la Comex de l’épave du sous-marin Protée, par 125 mètres de fond au large de Cassis, nous permet ainsi de préciser les circonstances de la disparition du bâtiment. Cette découverte a été faite le 24 mars 1995, au cours des essais du Rémora 2000, nouveau submersible biplace conçu par la Compagnie maritime d’expertise (COMEX). Aiguillé par un pêcheur qui avait croché ses filets à cet endroit, Henri Delauze, le directeur de la COMEX, menait lui-même ces essais dans la baie de Cassis et a plongé ainsi sur l’épave qui repose à plat, cap au sud, légèrement inclinée, oxydée, couverte de concrétions mais à peu près intacte, sur le plateau des Blauquières, non loin de la fosse de Cassidaigue.

La localisation comme l’observation de l’épave semblent bien confirmer l’hypothèse de la perte du bâtiment sur une mine qui aurait heurté le massif à faible immersion. La présence de champs de mine à contact (31 type EMC immergées à 4 m. et 30 EMF à 20 m. sur le plateau des Blauquières) ainsi que le fait que seul le massif soit visiblement endommagé, donnent toute sa cohérenceà cette hypothèse ».

Henri G. Delauze, président de la Comex

 

Hommage à Emile Adjedj

Cet article a été publié dans « Le Seynois » du mois de mars 2009. Emile Adjedj était interviewé par Chantal Campana.

 Emile Adjedj l‘insoumis

« Je suis heureux quand je peux oeuvrer pour le bien-être des plus défavorisés et ce n’est pas un engagement à la légère »

 Les dossiers s’empilent sur le bureau d’Emile Adjedj. Mais le travail n’a jamais effrayé celui qui est également le président du Comité de coordination des amicales CNL. Améliorer le sort des autres a aussi des effets sur sa propre vie :

« Je suis un égoïste, en me battant pour les autres je me bats pour moi aussi. Je ne suis pas un curé, car je ne prêche que pour les autres ». Allusion malicieuse à son amitié avec le père Margier.

Issu d’une famille juive qui était déjà en Algérie avant l’arrivée des Français, le jeune Emile prend conscience très tôt des inégalités. Il se souvient avec émotion des jours où, avec sa mère, ils attendaient la paie paternelle pour pouvoir manger. En 1936, il a presque treize ans et déjà une âme de militant. La lutte va bouleverser sa vie mais il ne le sait pas encore. Il rejoint le Cercle populaire et milite pour l’égalité entre Musulmans et Européens : « A l’époque, les Européens touchaient une solde et celle des musulmans était moitié moindre. On les appelait les citoyens de deuxième catégorie ».

La Révolution algérienne est déjà en marche. Grèves et manifestations secouent le pays. Pourtant Emile Adjedj reste convaincu qu’il existe d’autres solutions que la guerre. Il monte alors un « Comité de lutte pour la paix en Algérie ». Arrêté, il sera accusé de troubler l’ordre public avant d’être expulsé vers la France.

C’est à Marseille que commence la deuxième partie de sa vie. Seule porte de salut, le journal « la Marseillaise », qui l’accueille et lui permet de trouver un premier emploi de boucher.

En 1965, il entre aux PTT à Briançon et fonde un syndicat. Le climat est difficile, on se méfie de lui et on hésite à lui louer un logement, de peur qu’il ramasse de l’argent pour les fellaghas. Le Parti communiste français l’incite également à la prudence.

Arrivé à la Seyne-sur-Mer en 1970 avec femme et enfants, il parle avec nostalgie de ces années passées à Briançon avec les montagnards, méfiants au premier abord mais fidèles et justes. Comme lui qui a toujours été fidèle à la cité Berthe : « Nous avons lutté ensemble et j’ai toujours voulu rester avec eux ».

Il n’aurait pu imaginer d’autre vie, même si la sienne a été dure. Aujourd’hui il ne regrette rien, « simplement de ne pas avoir fait plus ».

Intarissable dès qu’on lui parle de réhabilitation «  Les locataires se préoccupent davantage de savoir où ils vont pouvoir garer leur voiture », de sécurité : « La sécurité c’est de donner du travail aux jeunes, ils n’auront plus envie de casser», il est contre la suppression des aires de jeux, facteur selon lui d’incidents. Quant à la mixité sociale : « Il n’y a pas de mixité sociale quand il y a un mur de béton entre deux bâtiments. Je suis contre les résidentialisations »

Toujours prêt à s’enflammer, Emile conclut :

« Si tous les hommes naissent libres et égaux en droit, alors que ce terme soit véritablement appliqué ».

 

« Je suis heureux quand je peux oeuvrer pour le bien-être des plus défavorisés et ce n’est pas un engagement à la légère ». Emile Adjedj